Rencontre // Mathieu Kassovitz

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Au cours de l’avant-première à l’UGC Gambetta, nous avons pu interviewer Mathieu Kassovitz qui présentait son dernier film L’Ordre et la Morale. Pour ceux qui ne le connaissent pas Mathieu kassovitz est un réalisateur et acteur  français connu en particulier pour ces long-métrages tels que La Haine, Les Rivières Pourpres, ou encore Gothika et Babylon A.D. Loin d’avoir la grosse tête malgré ses réussites cinématographiques, c’est un homme simple et chaleureux que nous rencontrons lors de cette conférence de presse.

Le Type : Il vous fallu dix ans pour réaliser l’Ordre et la Morale. Années durant lesquelles, vous avez été confronté à bons nombres de difficultés. Qu’est-ce qui vous a donné envie de continuer ?

Mathieu Kassovitz : Les plus gros problèmes qu’on a eu pour arrive à faire le film, c’était surtout avec la kanaks plus qu’avec les autorités  françaises, eux, on est allé les voir bien après. Oui, j’ai plusieurs fois eu envie de baisser les bras mais à chaque fois les kanaks étaient là pour me relever. On s’est engagé avec eux. Et puis, il s’est passé un truc, il y a eu le 11 septembre. Je rentrais d’Ouvéa, où j’avais rencontré tous ces gens, avec une toute autre façon de vivre, qui tenaient debout. Et voilà le 11 septembre avec son lot de catastrophes qui s’en suit et qui marque le monde dans lequel on tente de vivre aujourd’hui. On commence à voir les limites de notre système. A ce moment là, je me suis dit qu’il y a quelque chose dans l’histoire d’Ouvéa qui reflète ce qui passe dans le monde. C’est pas juste un fait divers, il a une portée plus universelle. Ca fait partie de cette dynamique qui nous a poussé à continuer.

LT : Qu’est-ce que ça vous fait de voir le projet enfin abouti au bout de dix ans ?

Mathieu Kassovitz : On est soulagé ! Economiquement parlant c’était très difficile. Je pouvais pas tenir. J’ai coulé une boîte de prod’ avec ce film. Mais voilà, on est y allé plusieurs fois avec des équipes de tournage. Même si on s’est plusieurs fois demandé si on pouvait se permettre de continuer, on était vraiment dedans.

LT: Le massacre d’Ouvéa  fait partie de ces évènements de l’Histoire qu’on n’apprend pas aux jeunes. En tant que cinéaste, comment expliquez-vous le fait qu’aujourd’hui l’art fasse le boulot des médias et des professeurs ?

Mathieu Kassovitz : Sans prendre leur défense, je pense que c’est en partie à cause de l’accélération des nouvelles technologies. Aujourd’hui, quand t’as un Facebook ou un Twitter, tu consommes et tu diffuses beaucoup d’informations. A tel point, qu’on a plus vraiment besoin de l’info des médias traditionnels. On a une accumulation d’informations qui arrive de tous les cotés et qui est difficile à filtrer, ce qui fait que les médias sont en retard et ne vont pas aussi vite que l’information. Avant, il la détenait et pouvait décider de sa légitimité et de sa pérennité mais aujourd’hui ils ne peuvent pas parce que  toutes les 24h, il y a un nouveau scoop.
Nos institutions n’ont plus la capacité de suivre, elles sont dépassées. Regardez, dès qu’il y a un « Wikileak », vous avez une montée de boucliers qui font passer internet pour le terreau du terrorisme, comme un grand danger et autres conneries du genre qui font naître des Hadopi. J’ai eu la chance de tourner dans des films comme Amen ou Munich  qui expliquent le pourquoi  du comment de l’Histoire avec un grand « H » et avec ce genre de film on se rend compte qu’il faut avoir le temps de faire des recherches, comme un historien, pour les réaliser. Il faut avoir que ça à foutre pour remuer le contenu de ces  nouveaux médias alternatifs. Comme les médias n’ont plus la capacité de le faire, on s’en occupe avec le recul nécessaire.

Mélody.T & Fen.R
Retrouvez la critique du film ici

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