L’Ordre et la Morale

dans ÉVÉNEMENTS

Synopsis

« Je suis négociateur, aujourd’hui je n’ai pas pu faire mon métier ». C’est ainsi que débute L’Ordre et la morale, dernier film de Mathieu Kassovitz qui suit les évènements d’avril et mai 1988 sur l’île d’Ouvéa. Philippe Legorjus, Capitaine du GIGN se rend sur cette île de la Nouvelle-Calédonie pour calmer un conflit entre la gendarmerie et les indépendantistes Kanaks après que ceux-ci aient abattu quatre gendarmes et pris trente autres en otage. Basé sur les véritables évènements d’Ouvéa, le film suit les dix jours les plus intenses de la vie de ce capitaine.

Rappel des faits

La prise d’otage d’Ouvéa reste un épisode épineux dans l’histoire de France et dans la mémoire du peuple Kanak. La preuve, elle est complètement absente de nos livres d’histoires et reste une plaie difficile à cicatriser en Nouvelle Calédonie. Le vendredi 22 avril 1988, dans le but de revendiquer leur indépendance, un groupe d’indépendantistes de l’île d’Ouvéa projette d’occuper la gendarmerie. Mais l’intervention tourne au drame : quatre gendarmes sont abattus et une trentaine sont pris en otage. À des kilomètres de là, le premier tour des élections approche et oppose François Mitterand alors président et Jacques Chirac, premier ministre.

La Nouvelle Calédonie fait partie du territoire français et par ce fait, ce genre de conflit aurait du être du ressort du GIGN. Mais c’était sans compter les tensions posées par les élections présidentielles qui opposaient deux parties en période de cohabitation. Le gouvernement en place ne voulant laisser aucune chance aux indépendantistes Kanaks afin de s’assurer des votes du Front National, a mobilisé des moyens surréalistes et excessifs (armée de terre, 11ème choc, réunion d’état major) relatif à un climat de guerre pour une « simple » prise d’otage sur le territoire français.

Pour ne pas altérer les élections en cours, les journalistes ont interdiction d’aller sur l’île d’Ouvéa avant la fin de la prise d’otage. Pour palier le manque d’informations les journaux se basent sur des rumeurs et les Kanaks se voient accusés des pires atrocités : viols, exécution à la machette, cannibalisme etc. Des témoins raconteront plus tard les méthodes utilisées par les militaires pour faire parler la population, entre intimidation et scènes de torture. Ces mêmes témoignages, notamment ceux d’Alberto Addari (gendarme), admettent qu’en parallèle, les gendarmes pris en otages étaient bien traités par leurs ravisseurs. A ce stade du conflit, les indépendantistes kanaks se sont retrouvés submergés par l’ampleur d’une lutte qu’ils voulaient pacifique et donc bien loin de l’image de barbares qu’on leur donnait en Métropole.

C’est l’histoire d’une médiation contrecarrée par les élections présidentielles. Philippe Legorjus, alors capitaine du GIGN et médiateur, avaient toutes les clés en mains pour mener à bien une libération des otages sans débordement. Car lui avait compris : « On a pas affaire à des fous furieux, juste des mecs qui se sont mis dans la merde ». Mais tout lui a manqué : le temps mais surtout le soutient du gouvernement français.


L’avis du Type 

Il aura fallu dix ans à Mathieu Kassovitz pour réaliser ce film qui, sans émettre  de jugement, nous rappelle des éléments crus d’une histoire que la France semble vouloir oubliée. Plus de vingt ans que ces évènements se sont déroulés et pourtant le film ne peut pas être plus actuel. À la veille des élections présidentielles de 2012, une réplique du film nous frappe  :  » Compter sur qui ? Sur des politiciens en temps de campagne ?!« . Car c’est sur ça que repose les évènements d’Ouvéa ; une prise d’otage qui tourne au massacre pour rendre service à un gouvernement en pleine campagne présidentielle.

Mathieu Kassovitz manie ici l’art de faire parler l’esthétique autant que ses personnages avec une musicalité quasi absente qui contribue à faire monter un terrible sentiment d’angoisse. L’Ordre et la Morale s’opposent  aux images du film qui sont parfois chargées de violences, et nous laisse un goût amer dans la bouche. En construisant son film sous la forme d’un compte à rebours Mathieu Kassovitz ne nous épargne pas et nous rappelle constamment que nous sommes en territoire français, ce qui creuse un réel malaise. Un malaise que l’on retrouve dans  le personnage de Legorjus qui  lutte entre morale personnelle et ordre militaire.

Un film à voir, à réfléchir, à faire découvrir car, comme le dit Mathieu Kassovitz, « si la vérité blesse alors le mensonge tue« .


L’Ordre et la morale de Mathieu Kassovitz, dans les salles le 16 novembre


Pour les curieux, le Type vous conseille deux ouvrages :
Enquête sur Ouvéa, Rapport et témoignages sur les évènements d’avril-ai 1988 // éd E.D.I
La morale et l’action // Philippe Legorjus

Mélody.T & Fen.R
Retrouvez l’interview de Mathieu Kassovitz ici

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