The Artist : la vraie-fausse interview de Jean Dujardin & Michel Hazanavicius

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Attention, toutes ressemblances avec des personnalités connues sont voulues, aucun propos n’a été inventé et est issu d’une conférence de presse auquel nous avons assisté. Seule la rencontre, à notre grand regret, est fictive, pour ne pas dire fantasmée.

S’il n’y avait que nous, Jean et Michel, nous irions dans un salon de thé bordelais très hype – oui nous nous permettons de les appeler par leur prénom parce que dans notre imaginaire nous sommes très proches – pour siroter du thé bio en mangeant des macarons bios dans des tasses faites en porcelaine de Chine. Jean et Michel répondraient à nos questions, des plus pertinentes et originales à propos de The Artist. Au même moment, de virulentes groupies, les majeurs tendus, nous berceraient de douces menaces de mort. Mais rien à faire, parce qu’il n’y avait que nous, Jean et Michel.


Le Type : Faire un film comme The Artist est un pari risqué. Vous avez eu des difficultés à le défendre ? Vous avez douté ?

Michel Hazanavicius : Oui, au début, c’était un film que personne ne voulait vraiment. Il n’est pas dans les règles du marché, ce n’est pas un film qu’on a le droit de faire. Il a fallu beaucoup de volonté mais surtout trouver la bonne personne et par chance c’était Thomas Longmann qui a eu le panache et l’envie de faire naître le projet.

Jean Dujardin : J’avais des doutes mais pour de mauvaises raisons. Mais comme Michel me met toujours dans un écrin, ça me convenait. Je me suis retrouvé face à quelque chose que je n’avais jamais fait et c’est ce qui me plaît dans ce film.

Le Type : Pourquoi avoir choisi les années 30, vous êtes nostalgique du cinéma de cet époque ?

Michel Hazanavicius : Il n’y a pas de nostalgie dans ce projet. On a surtout choisi les années 30 pour la ciné-génie de cette époque. On a préféré le style au confort. Et même si on a pris en compte tout le contexte historique, l’état du cinéma à cette époque, The Artist, c’est surtout une histoire d’amour avec cette naïveté du cinéma des années 20-30 car pas de scène de nu, pas de baisers.

Le Type : Est-ce qu’on peut voir dans ce film une critique du cinéma actuel ?

M.H : On a pas choisi de thème corporatiste. Il n’y a pas de critique, pas de discours mélodrame. On a voulu prendre un ton léger, faire quelque chose de ludique comme dans ce qu’on appelle les « feel-good movie » aux États-Unis.


Le Type : Jean Dujardin, est-ce qu’il y a une différence dans l’interprétation entre un rôle parlant et un rôle muet ?

J.D : On joue un film muet comme on joue un film parlant. On pousse un peu plus les mimiques et la gestuelle mais en gros il n’y a pas de changement. On se parle sur le plateau. Alors ça va de l’anglais au français mais il y avait surtout beaucoup de yaourt.

Le Type : De quoi vous vous êtes inspiré pour ce film ? Dans l’écriture pour Michel et le jeu pour Jean ?

M.H : De beaucoup de vieux films comme L’Aurore de Murnau et L’Intruse (City Girl). Les films de Borzage, de John Ford comme Quatre fils, il y a aussi La Foule de King Vidor, L’Inconnu de Tod Browning, des Fritz Lang sans oublier les films de Chaplin aussi. J’ai d’ailleurs fait voir La Foule de Vidor à l’équipe pour qu’ils ait des références.

J.D : Je dirais que je me suis un peu inspiré de Douglas Fairbanks. Mais je n’avais pas envie de tomber dans l’imitation. On essaie surtout de vivre l’histoire comme elle a été lue. Je me suis nourri des influences de l’époque puis on m’a mis une moustache et je suis allé jouer ! (rires)

Le Type : Parlons de George Valentin. Comment avez-vous appréhender le rôle ?

M.H : George Valentin, c’est un mec qui sent la saucisse ! (rires)

J.D : Il dit ça parce que pour le chien, Uggy, qui suit George partout dans le film, ait réellement envie de me suivre sur le plateau, j’avais des saucisses dans les poches et j’avais toujours l’odeur sur moi pendant le tournage. Pour dire un truc sérieux, j’ai fait de George Valentin, une projection de moi si j’avais été une star des années 20-30.

Le Type : D’ailleurs le duo, formé par Uggy le chien et Jean Dujardin est très attachant ! 

M.H : Le chien s’inscrit dans les codes de l’époque. Il permet d’enlever de l’ironie dans certaine situation. C’est aussi un clin d’œil à OSS 117 quelque part. Je trouvais qu’associer un chien à personnage masculin changeait sa silhouette.


Le Type : Pourquoi avoir choisi le thème de passage du muet au parlant ?

M.H : C’était une période marquante dans l’histoire du cinéma. Un moment fort. Mais le film traite d’un peu plus que ça. Là c’est surtout le contexte. La toile de fond. On parle aussi d’une rencontre entre deux êtres.
Au début, je voulais écrire l’histoire d’un acteur de film muet qui au passage du film parlant serait le seul personnage muet dans un monde devenu sonore. Mais ça aurait mis en péril le projet, je pense.
J’ai aussi voulu utiliser comme contexte la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Allemagne. Avec une scène qui créerait un parallèle entre la fin de la guerre, la fin du troisième Reich et la fin de cinéma muet. George Valentin se tirerait une balle dans la bouche puisque c’est de là que vient le son…Enfin pas que de là…

J.D : Oh Michel !

M.H : C’est marrant, les nazis ça me donnent envie de parler de cul ! (rires)

Le Type : Pour finir, on aimerait conclure sur l’alchimie qu’il y avait entre Jean Dujardin et Bérénice Béjo…?

J.D : Attention, vous parlez de la compagne de ce monsieur !

M.H : Oui tout à fait ! C’est vrai qu’ils ont une véritable complicité entre eux et tant mieux leur personnage en sont d’autant plus touchants comme ça et la rencontre plus belle. Mais j’ai quand même fait en sorte que personne ne touche à ma meuf !

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Ce que le Type en a pensé : On avait assisté à l’avant-première à l’UGC et une petite appréhension pointait son nez. On en avait tellement entendu parler lors du festival de Cannes qu’on avait hâte de voir par nous-même cet OVNI du cinéma. Un film muet, en noir et blanc à l’époque du 3D c’est gonflé. Gonflé certes, mais pari gagné pour cette équipe de français menée par Hazanavicius jusqu’à Hollywood. Un film qui a de quoi filer la chtouille à Warner Bros &Co avec une prestation de Jean Dujardin dont on a tellement parlé dans la presse que nos commentaires ne feraient que répéter ce que d’autres ont pu dire. Et une Bérénice Bejo radieuse, pétillante, véritable star des années 30. Après sa prestation, on veut envoyer Marion Cottillard à Taxi 5 et voir Bérénice sur toutes les affiches. Hazanavicius nous dévoile un film esthétique, aux personnages saisissants. Un puissant rêve de cinéma qui nous emporte.

 Mélody.T & Fen.R

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